S'exposer progressivement
On n'apprend pas à nager sur un fauteuil, dit le proverbe, il faut se jeter à l'eau ! Cette maxime est totalement d'application en matière de timidité. Pour être à l'aise avec les autres, il faut s'y frotter. La fréquence d'une situation équivaut à sa banalisation. Ce n'est qu'en vous exposant aux autres que vous parviendrez à muscler votre aisance relationnelle. Il convient d'atténuer la rumination mentale en favorisant les contacts réguliers. Car, comme l'exprime avec talent Bernard Jolibert : "loin de se nier, en se réfléchissant, la timidité se conforte et s'installe".
La timidité est souvent le résultat d'une stratégie d'évitement. Par peur de faire mauvaise figure ou d'être rejetée, la personne contourne les situations, s'efface ou se retient. Ce faisant, elle ne s'exerce pas à affronter ces situations. Ce qui amplifie le doute sur ses capacités. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, pour guérir de la timidité, il faut faire face à des situations intimidantes.
La solution ?... L'exposition graduée.
Il s'agit de multiplier les situations relationnelles surmontables. Votre entraînement peut commencer par des choses très simples. Par exemple : dire bonjour à une personne en souriant et en la regardant bien dans les yeux. Chaque jour, vous mettrez ainsi dans votre "valise" comportementale des compétences nouvelles.
Ne placez pas la barre trop haut. Il ne s'agit pas de se jeter dans le gouffre. Si votre crainte est de parler en public, vous n'allez pas d'emblée vous inscrire à un débat télévisé en direct. Une petite présentation informelle auprès de vos collègues pourra faire l'affaire. Certains timides ont la propension de passer brutalement de la réserve à l'effronterie. Au seuil de l'adolescence, il m'arrivait de masquer ma timidité par une forme de pitrerie. Il ne s'agit pas de cela ici : ce que nous vous recommandons, c'est de développer une calme assertivité.
Au début, n'hésitez pas à prévoir un filet de sécurité. Lors de mes premières conférences, par exemple, j'avais absolument besoin d'écrire tout mon texte, mot à mot, pour me rassurer. L'idée de pouvoir à tout moment me raccrocher à mon support imprimé diminuait l'appréhension d'un bloquage ou d'un manque d'inspiration. Avec le temps, j'ai acquis plus de spontanéité et je n'ai plus besoin de mes notes aujourd'hui.
Afin de vous mettre dans les meilleures conditions possibles pour vos exercices d'exposition, il est bon d'apprendre à vous sentir bien dans votre corps et à maîtriser l'art de la communication.
En pratique...
Voici comment mettre en place votre programme :
1.
Dressez un hit-parade des situations angoissantes. Identifiez les différentes situations que vous redoutez.
Evaluez votre niveau d'angoisse face à ces différentes
situations. Sur une échelle de 0 à 10, par exemple,
où 0 correspondrait à une absence d'appréhension
et 10 à une peur panique, plus toutes les nuances intermédiaires.
2. Exposez-vous graduellement. Choisissez de faire face, en premier lieu, aux situations qui vous
angoissent faiblement à moyennement. En vous y préparant.
Petit-à-petit, vous placerez la barre plus haut.
3. Evaluez les résultats. Notez votre niveau d'angoisse après l'exercice, et comparez-le
à votre niveau d'angoisse avant l'exercice. L'exposition
répétée entraîne très généralement
une diminution de l'appréhension. Toutefois, si vous éprouvez
des difficultés à vous évaluer ou si vous avez
l'impression de stagner, voire de régresser, malgré
vos exercices, alors nous vous conseillons de vous faire accompagner
par un professionnel.
Pour être pleinement efficaces, les exercices doivent être :
Longs : 20 à 40 minutes, selon les spécialistes, pour atteindre la phase de diminution de l'angoisse. Ou bien sous la forme de plusieurs exercices courts répétés.
Réguliers : Traduisez : quotidiens. Et oui, corriger sa timidité exige une certaine détermination et un certain investissement.
Complets. C'est-à-dire sans évitements subtils tels que la fuite du regard, le repli silencieux, l'alcool ou autres subterfuges.
Au cours des exercices, nous vous encourageons à pratiquer ce que les spécialistes appellent la "décentration". A savoir le fait de porter votre attention sur l'environnement extérieur, sur l'écoute, sur l'observation, plutôt que de focaliser sur votre angoisse.
Quelques exemples de situations classiques, traitées par les professionnels de l'affirmation de soi :
- Faire un compliment
- Recevoir un compliment
- Emettre une critique
- Recevoir une critique
- Rencontrer des inconnus
- Proposer un rendez-vous
- Refuser une demande déraisonnable
- Exprimer une demande
Félicitations
d'entamer ce travail, et armez-vous de
patience !
Pour en savoir plus...
ANDRÉ Christophe et LÉGERON Patrick, La peur des autres — Trac, timidité et phobie sociale, Editions Odile Jacob, Paris, (1995) 2003, pp. 221-234.
ANDRÉ Christophe, La timidité, Que sais-je ?, Presses Universitaires de France, Paris, 1997, pp. 94-108.
JAGOT Paul-Clément, La timidité vaincue. Devenez assuré, ferme, audacieux et confiant en vos possibilités, Collection "Savoir pour réussir", Editions Dangles, Saint-Jean-De-Braye, 1993, pp. 62-63.
JOLIBERT Bernard, L'éducation d'une émotion — Trac, timidité, intimidation dans la littérature, L'Harmattan, Education et Philosophie, 1997, pp. 201-209 ; 214-222.
MACQUERON Gérard et ROY Stéphane, La timidité — Comment la surmonter, Odile Jacob, Paris, 2004, pp. 147-157.
