Les traitements médicamenteux contre la timidité
En
matière de timidité, pas de remède miracle.
Il n'existe pas de médicament "antitimidité"
comme il existe des antibiotiques ou des inflammatoires. Certains
ouvrages farfelus vous conseilleront différents antidotes
allant des elixirs du Docteur Bach aux cures de vitamines B, en
passant par certaines pilules homéopathiques. Quand bien
même certains de ces remèdes influent sur l'état
du système nerveux et soulagent provisoirement, ils ne guérissent
jamais la timidité proprement dite.
Certaines
substances présentent un risque
d'accoutumance ou d'effets
secondaires importants. Les produits qui ont une
action sur le système des émotions peuvent atténuer
la joie autant que l'angoisse. A défaut d'un travail sur
le plan psychologique, les symptômes risquent de réapparaître
dès l'arrêt du traitement.
| "La
pilule contre la peur des autres n'est pas encore inventée"
[Docteur Christophe André] |
Pas de remède miracle, mais des béquilles utiles en
début de thérapie
De
là à rejeter en bloc toute forme d'approche médicamenteuse,
nous aurions tort. Certains médicaments peuvent jouer un
rôle très utile lorsqu'il s'agit de
débloquer une situation ou d'amorcer un travail de développement
de soi.
Le
recours aux psychotropes n'est toutefois conseillé qu'à
certaines conditions :
- Uniquement
dans des cas d'anxiété sociale aiguë générant
une souffrance ou un handicap importants. De
simples accès de timidité ne justifient pas le recours
aux médicaments.
- Uniquement
sous le conseil et le suivi d'un
médecin (pas sous forme d'automédication).
- Uniquement
lorsque la cure médicamenteuse est accompagnée
par un travail psychologique. Généralement
pour une durée limitée.
Les familles de médicaments utilisés
contre les phobies sociales
En
pratique, il existe deux familles de médicaments qui peuvent
s'avérer efficaces dans le traitement des phobies sociales
: les bêta-bloquants ainsi que certains antidépresseurs.
Les anxiolytiques (ou "tranquilisants") sont, quant à
eux, très généralement déconseillés.
Utilisés
à l'origine en cardiologie, les bêta-bloquants
se sont avérés efficaces pour diminuer les effets
physiques de l'émotivité. Les symptômes du stress
tels que l'accélération du coeur, l'augmentation de
la transpiration ou la sécheresse de la bouche sont atténués
par l'action des bêta-bloquants. Raison pour laquelle de nombreux
musiciens, acteurs ou conférenciers consomment ce type de
produits quelques heures avant leur prestation.
Utiles
dans certaines situations ponctuelles (trac et stress de performance),
les bêta-bloquants présentent des contre-indications
importantes. Notamment pour les patients souffrant d'asthme, de
diabète ou de certains troubles cardiaques. Ils doivent donc
être prescrits par un médecin. Leurs effets ne portent
que sur les symptômes physiques, et non sur les appréhensions
psychologiques.
Certains
antidépresseurs
s'avèrent également efficaces contre l'anxiété
chronique, en ce compris la phobie sociale. En particulier les ISRS
(inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine)
peuvent amener des améliorations tant sur le plan émotionnel
(moins d'anxiété ressentie) que cognitif (pensées
moins obsédées par le regard des autres) et comportemental
(moins d'évitement).
Les
ISRS, encore une fois, doivent être prescrits par un médecin
et ne sont conseillés que dans les cas d'angoisse sociale
généralisée. Contrairement aux bêta-bloquants,
leur traitement est un traitement de longue durée (plusieurs
mois). La baisse d'anxiété provoquée par les
anti-dépresseurs permet d'entamer plus facilement un
travail sur le terrain psychologique. Travail indispensable
afin d'éviter toute rechute lors de l'arrêt des médicaments.
Les
anxiolytiques, connus sous
le nom de "tranquillisants", bien que très répandus,
n'ont qu'une action très limitée dans les cas de phobie
sociale. Ils présentent un risque d'accoutumance. Ils n'ont
pas d'influence sur le comportement relationnel. Ils sont même
soupçonnés d'altérer les capacités d'apprentissage
et de mémorisation. Ainsi, un phobique social sous l'action
de tranquillisants ne profiterait plus de la même manière
de l'effet bénéfique d'habituation lié à
la multiplication des contacts sociaux. Chaque rencontre conserverait
tout son potentiel angoissant.
Le
recours aux anxiolytiques, dans le cas des phobiques sociaux, ne
se justifie que très rarement, sur avis médical, lorsque
l'anxiété sociale s'accompagne d'une anxiété
généralisée.
Pour
en savoir plus...
ANDRÉ
Christophe et LÉGERON Patrick, La peur des autres —
Trac, timidité et phobie sociale, Editions Odile Jacob,
Paris, (1995) 2003, pp. 207-219.
ANDRÉ
Christophe, La timidité, Que sais-je ?, Presses
Universitaires de France, Paris, 1997, pp. 86-90.
MACQUERON
Gérard et ROY Stéphane, La timidité
— Comment la surmonter, Odile Jacob, Paris, 2004,
pp. 99-105.
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