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L'origine de la timidité

Est-on timide de naissance ? Est-ce notre éducation qui nous rend timoré ou bien quelque événement traumatisant ? Une chose est sûre : la timidité est un phénomene complexe et les causes en sont variées.

Vulnérabilité génétique

Bien qu’aucun gène de la timidité n’ait pu être identifié, certaines recherches indiquent l’existence de prédispositions à la timidité. Selon Jérome Kagan, de l’université de Harvard, 15 à 20% des enfants naîtraient avec une telle prédisposition. Ces enfants présenteraient un profil neurochimique particulier ; leur amygdale cérébrale serait particulièrement sensible aux situations stressantes.

Ainsi certaines personnes naissent probablement plus impressionnables que d’autres. Mais la timidité ne peut s’expliquer uniquement par un héritage physiologique.

D’aucuns lient la timidité à un défaut physique, comme le bégaiement, la petitesse ou la laideur. Cette explication nous paraît tout aussi simpliste.

"Ce n’est pas à cause de son nez que Cyrano de Bergerac est parfois timide, sinon il faudrait bien que tous ceux qui possèdent un nez majestueux souffrent de timidité, ce qui est loin d’être le cas. […] C’est en réalité l’inquiétude qui est première. Les raisons, bonnes ou mauvaises, ne viennent qu’ensuite." [B. Jolibert]

La preuve en est qu’on peut provoquer une crise d’intimidation en soulignant non les défauts mais les qualités d’une personne. On peut être timide de sa beauté ou de sa réussite autant que de sa laideur ou de son échec. Le véritable noeud de la timidité est la difficulté à accepter le regard de l’autre.

Environnement familial

L’environnement familial dans lequel un enfant évolue exerce une influence incontestable sur le développement de sa timidité.

Si vos parents sont eux-mêmes timides, il y a de fortes chances qu’ils vous transmettent leurs angoisses et leurs schémas comportementaux.

Des parents trop sévères et rigides peuvent être responsables de la timidité de leur enfant. Mais l'inverse est tout aussi vrai : des parents qui complimentent ou idéalisent excessivement leur enfant. Dans les deux cas, on assiste à une répression du désir (qui s’incline devant le désir de l’autre), combinée à un idéal élevé.

Des parents instables ou distants peuvent être encore plus déstabilisants que des parents castrateurs. Les enfants dont les efforts de communication rencontrent des réponses irrégulières, incohérentes ou imprévisibles éprouveront des difficultés à gérer une relation et à s’affirmer.

Freud interprète la timidité comme une peur d’abandon. Cette peur s’exprime de manière normale à certains stades du développement, au cours de la petite enfance et durant l’adolescence. Si la timidité subsiste de manière vivace à l’âge adulte, c’est probablement qu’il y a un problème à dénouer.

Nous conseillons aux parents de laisser leurs enfants dès que possible voler de leurs propres ailes, de ne pas parler à leur place en présence d’autres personnes, de faciliter les relations, de vivre en grands groupes à certains moments sans jamais forcer l’enfant au contact.

Culture

Des études comparatives tendent à démontrer la dimension culturelle de la timidité. Ainsi, au Japon, on rencontre beaucoup plus de timides que partout ailleurs. 90% des gens y estiment être ou avoir été timides. A Tokyo, la modestie, la retenue, la discrétion, le tact et la gentillesse sont des valeurs sacrées (encore bien plus importantes que chez nous). Ces valeurs entrent en contradiction avec les impératifs modernes de la compétitivité économique, qui exige, au contraire, une certaine agressivité et un esprit de démarcation. Culturellement, les Japonais se trouvent donc coincés par une double contrainte, connue pour générer des situations de timidité. Sois le meilleur, mets-toi en valeur et, en même temps, soit discret, ne heurte pas ton interlocuteur.

L’acculturation ou le déracinement peuvent également engendrer la timidité par manque de repères. Les personnes ayant grandi sans cadre culturel seront démunies en l’absence de normes comportementales ou de codes de politesse. En effet, sans nécessairement verser dans le conformisme, ces balises nous rassurent et facilitent les relations entre les hommes.

"C'est la politesse qui fixe les limites en excès ou en défaut de cette réserve au-delà de laquelle on est craintif ou impudent. Seule une vision superficielle de la politesse en fait une barrière hypocrite entre les hommes." [B. Jolibert]

Evénements vécus

Une humiliation subie en présence d’autres personnes. Une moquerie publique. Un échec douloureux. Une remarque blessante. Une rupture inexpliquée. Certains événements peuvent laisser des traces et engendrer une timidité durable.

Essayez de vous souvenir : depuis quand êtes-vous timide ? Peut-être êtes-vous victime de l’étiquette désobligeante que vous a donnée un professeur du lycée ? Un échec amoureux a peut-être anéanti votre confiance en vous ?

En ce qui me concerne, la timidité m’a ramené au suicide de mon père. Mon père s’est donné la mort lorsque j’avais 11 ans. J’ai longtemps cru pouvoir faire abstraction de sa disparition. Mon adolescence ne s’est pas construite avec la même confiance dont j’étais animé étant enfant. Certaines crises de timidité tardives m’ont clairement ramené au malaise engendré par le suicide de mon père. Au fond de moi, je ne pouvais comprendre cette rupture totale et sans préavis, tellement empreinte d’indifférence, de la part d’un être que, par nature, j’aimais et admirais. Sans que je ne veuille l’admettre, cet événement a détruit une partie de la confiance que j’avais en moi. Mes crises d’intimidation ont été comme un signal. En cela, je les trouve utiles a posteriori.

Si vous avez vécu un épisode de timidité aiguë, il est probable que vous vous sentiez fragilisé dans des situations similaires. L’empreinte du traumatisme aura marqué votre psychisme, qui se crispera au moindre élément rappelant la situation redoutée.

Ceci dit, dans bien des cas, la timidité n’est pas uniquement le fruit d’un traumatisme ni la faute d’un parent, mais le résultat d’un mécanisme psychique qui se construit lentement mais sûrement. Une stratégie relationnelle inadéquate que vous décidez d’adopter, souvent inconsciemment, et dont il faudra vous défaire.

Pour en savoir plus...

ANDRÉ Christophe, La timidité, Que sais-je ?, Presses Universitaires de France, Paris, 1997, pp. 57-71.

ANDRÉ Christophe et LÉGERON Patrick, La peur des autres — Trac, timidité et phobie sociale, Editions Odile Jacob, Paris, (1995) 2003, pp. 179-197.

CRAWFORD Lynne & TAYLOR Linda, La timidité, 1997, Traduction française, J'ai Lu, 2000, pp. 14-21.

JOLIBERT Bernard, L'éducation d'une émotion — Trac, timidité, intimidation dans la littérature, L'Harmattan, Education et Philosophie, 1997, pp. 81-115.

MACQUERON Gérard et ROY Stéphane, La timidité — Comment la surmonter, Odile Jacob, Paris, 2004, pp. 51-61.

 

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