La timidité : vice
ou vertu ?
Certes,
la timidité n'a pas que des désavantages. Elle sous-tend
une sensibilité
et un respect qui
sont des qualités appréciées. Elle donne une
dimension profondément humaine. Elle protège de l'outrecuidance.
Votre
timidité fait également partie de votre charme.
Tant il est vrai que les gens ne sont pas attirés uniquement
par des personnes gonflées de confiance.
Les
gens trop sûrs d'eux cachent parfois en eux une certaine médiocrité.
Comme l'énonce parfaitement bien Schoepenhauer : "C'est
un mauvais symptôme, au moral comme à l'intellectuel,
pour un jeune homme, de se retrouver facilement au milieu des menées
humaines, d'y être bientôt à son aise, et d'y
pénétrer comme préparé à l'avance
; cela annonce de la vulgarité. Par contre, une attitude
décontenancée, hésitante, maladroite et à
contre-sens est, en pareille circonstance, l'indice d'une nature
de noble espèce." *
Cependant,
nous aurions tort d'idéaliser
la timidité et de lui donner des justificatifs.
La modestie qui semble la caractériser n'existe que par défaut,
l'ambition du timide ayant été avortée. Il
s'agit la plupart du temps d'une fausse
modestie. N'oublions pas qu'une composante du mécanisme
de la timidité est l'envie de plaire à tout prix.
Ce besoin de briller inconditionnellement nous rapproche de l'orgueil.
Le
tableau ci-dessous répertorie quelques qualités et
défauts fréquemment associés à la timidité.
|
Les
qualités
associées
à
la timidité |
Les
défauts
associés
à la timidité |
Sensibilité
Tact
Discrétion
Modestie
Pudeur
Respect
Humilité
Gentillesse
Empathie
Perfectionnisme
|
Lâcheté
Hypocrisie
Orgueil
Fausse modestie
Dévalorisation
Absence
Apathie
Inconsistance
Misanthropie
Gaucherie |
Le
timide a du mal à se dévoiler tel qu'il est et à
affirmer son opinion profonde. Ce qui le fait glisser vers une certaine
hypocrisie.
La
réserve permet le respect, mais lorsqu'elle devient excessive,
elle exclut toute relation. L'humilité se transforme alors
en aridité.
Les
frustrations engendrées par la timidité peuvent générer
des tares, telles qu'un certain négativisme ou une certaine
misanthropie.
La
timidité nous fait parfois accepter l'inacceptable. Dans
l'expérience
de Milgram, n'est-ce pas une certaine forme de timidité
qui pousse 62% des sujets à manifester un respect
aveugle de l'autorité, jusqu'à infliger
des décharges électriques mortelles à des tiers
sous prétexte d'une expérience scientifique ?
Enfin,
n'oublions pas que le timide se fait surtout du mal à lui-même.
La timidité nous amoindrit et nous fait tomber au-dessous
de nous-mêmes. Elle nous détourne de ce que nous désirons
être.
"Le
repli sur soi ne fait pas qu'appauvrir, il pervertit le jugement
dans la mesure où il conduit à une évaluation
sans référence externe : dépréciation
morbide ou surestimation aveugle. Bien des raideurs de la
volonté, appelées parfois entêtements,
sont dérivées de la timidité."
[B. Jolibert] |
Vous
l'aurez compris, la timidité n'est une vertu qu'à
petite dose. Ses contours bienveillants ne peuvent nous faire oublier
les frustrations qu'elle engendre.
L'idéal
reste de parvenir à nous débarrasser de notre timidité
tout en conservant notre sensibilité et notre respect pour
l'autre.
*
Extrait choisi par Bernard Jolibert dans son superbe ouvrage intitulé
L'éducation d'une émotion — Trac, timidité,
intimidation dans la littérature.
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